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WHITE SANDS BEACH Aussi loin que portent nos yeux Le climat déraille et même dans le désert, on s’en rend compte. Julia Christe a donc nommé « White Sands Beach » le dernier chapitre de sa série « White Sands ». En septembre 2006, d’importantes chutes de pluie ont transformé les dunes spectaculaires en paysages de lacs. Christe bien sûr a voulu explorer ce nouveau paysage et elle est partie aussi loin qu’elle a pu, laissant la masse des visiteurs du National Park derrière elle. « On ne trouve l’Américain qu’en des lieux accessibles en voiture » lui disait son expérience. C’est dans cette optique qu’elle choisit les lieux des prises de vues actuelles qui cette fois sont des mises en scènes sans aucun passant de hasard. La tension de ces images nées dans ce paysage fascinant, vient de la confrontation entre le concept de la photographe, élaboré au détail près, et la surprise du lieu au quotidien. Cette fois Julia Christe, comme déjà évoqué, n’a voulu faire confiance au hasard et aux passants. Elle est venue dans le désert en « emportant » les protagonistes de ses photos et leurs accessoires. Le résultat sont des photos pleines d’humour. Le mystère des têtards dans les nouveaux lacs de Whites Sands n’a pas seulement préoccupé les biologistes. Julia Christe semble s’en être inspiré, comme on peut le voir à certains détails étranges et loufoques : la présence de cette fanfare échappée d’une fête de la bière est aussi mystérieuse que l’origine des têtards. Même si le côté humoristique est ici beaucoup plus accentué que dans les autres chapitres de « Whites Sands », on reconnaît le style unique de la photographe et c’est à nouveau un délice. Son purisme est fascinant et les quelques personnages perdus dans le lointain des surfaces monochromes – sont au sens propre de mot – de véritables pointes. Boris v. Brauchitsch MEETING POINT Le ciel prend toujours une place prépondérante dans les œuvres de Julia Christe. Les rectangles sévères de ses photographies gagnent alors une étendue et un calme infini et c’est là, sous une surface lisse et immaculée, que se jouent de petites scènes chargées d’ironie et d’humour destructeur. Mais qui ose s’introduire dans ce décors de théâtre ? Un petit personnage portant un sombrero habite les nouvelles photographies de Julia Christe. Que ce soit en Amérique, en Australie ou à Hawaï, on retrouve toujours ce bonhomme avec ce chapeau immense qui lui donne la taille d’un nain et chaque fois dans un paysage grandiose comme s’il voulait prendre part aux phénomènes naturels. Le voici en train de présenter un poisson à une ribambelle de pélicans, le voilà assis sur un arbre sec à contempler un horizon invisible à nos yeux. Derrière cet étrange petit personnage se cache la photographe elle-même qui ni vue ni connue, par le seul fait de sa présence, pose la question du rapport grotesque entre homme et nature. Il s’agit d’une variation de « White Sands », cette série où les personnages d’un Eldorado américain se perdent dans des chemins de lumière comme des apparitions de second ordre. Et Julia Christe transforme maintenant l’homme en un petit personnage à la présence pénétrante, comme venu d’une autre planète, sympathique mais aussi un peu énervant : une erreur de la nature ? Peut-être. Une sorte de gag dans l’histoire de l’homme. Le monde de Julia Christe (née en 1973) est grotesque, drôle et ironique. Elle compose des scènes comme des pièces de théâtre en un acte. Ses travaux ont été maintes fois récompensés. Cette ancienne élève de Bernhard Prinz à Essen a gagné en 2000 le Prix Kodak pour la promotion de la nouvelle génération (Kodak Nachwuchsförderpreis), ainsi que le concours de la jeune photographie en Allemagne. Cette idylle semble parfaite et ce n’est pas pour rien. « White Sands » (Les sables blancs) est un site classé parc national aux USA. Les jeunes mariés et les vacanciers se rendent ici pour faire la fête, glisser sur les dunes et faire des barbecues. Mais le parc a aussi un autre visage, celui de la plus grande base d’essais nucléaires des USA. C’est ici que l’on teste les nouveaux missiles. Toutes les routes d’accès sont alors bloquées. C’est ici que la première bombe atomique détonna en 1945, juste avant Hiroshima. On continue à montrer aux touristes les pierres fondues pour satisfaire leur goût du sensationnel, mais pas de panique, les radiations ne causent pas plus de problèmes qu’une radio chez votre dentiste ! Julia Christe intensifie la luminosité magnifique de ses compositions minimalistes grâce à une surexposition calculée. Les gens se promènent et se divertissent mais ils sont perdus en même temps sous le soleil et semblent disparaître dans la lumière. La photographe raconte : « Je suis surtout intéressée par l’ambivalence de ce lieu d’essais militaires et de vacances », avec « White Sands » elle se détache clairement de sa carrière de photographe publicitaire et effectue son premier travail en extérieur. Aussi belles soient-elles, ces dunes blanches du Nouveau Mexique ont quelque chose de menaçant à l’égard de toute forme de vie. Les petits personnages ressemblent presque à des contaminateurs sur le plateau utopique d’un film fantastique. Cet élément de grotesque fait osciller la série « White Sands » entre paradis et enfer, jeux et danger. Humour et irritation sont de toute évidence l’essence de presque chaque photographie de Julia Christe. La série « White Sands » atteint une certaine radicalisation dans sa réduction minimaliste, son esthétique parfaite et son ambiguïté.